Fumer tue

Avec près de 30 milliards de cigarettes consommées par an, le marché algérien est un des plus importants d’Afrique. La filiale algérienne de British American Tobacco (BAT) appelle à une politique fiscale qui ne favorise par la contrebande en sur-taxant la production régulière de tabac. Selon son directeur des relations institutionnelles et de la communication Fayçal Khalef, le lobby du marché parallèle est suffisamment puissant pour faire pression sur le gouvernement aux fins de taxer lourdement cette production.
Les Algériens figurent parmi les plus grands fumeurs en Afrique. Selon des études faites par l’industrie du tabac, ils consomment 27 milliards de cigarettes par an. L’Egypte demeure le plus grand marché africain, avec 84 milliards de cigarettes consommées. 17 milliards pour le Maroc, 15 milliards pour la Tunisie et 6 milliards pour la Libye.
« La rentabilité du marché algérien est importante pour tous les acteurs internationaux », a déclaré Karim Refaat, responsable des relations institutionnelles et de la communication pour l’Afrique du Nord du groupe British American Tobacco (BAT), lors d’une rencontre avec la presse, lundi soir, à Alger. En Algérie, BAT existe en tant que société de droit algérien depuis 2005. Elle possède ses propres actifs avec une participation de 49% d’un privé, Socalca. BAT Algérie est le troisième acteur du marché du tabac après l’entreprise publique SNTA et l’entreprise algéro-émiratie STAEM.
BAT, qui possède une usine à Oran, commercialise notamment les cigarettes Rothmans. Le marché algérien « est un marché en constante croissance organique, sans aucune incitation à la consommation. L’industrie du tabac est une réussite dans le sens où la production est totalement locale, faite selon les normes internationales. L’exportation peut être une éventualité à explorer mais on veut déjà consolider nos positions au niveau national », a expliqué Fayçal Khalef, directeur des relations institutionnelles et de la communication à BAT Algérie. Selon lui, l’industrie du tabac est le deuxième gros contributeur en Algérie. Annuellement, elle verse à l’Etat presque 60 milliards de dinars d’impôts. « Nous sommes contre les chocs fiscaux. Une taxation massive peut être contre-productive tant pour l’Etat que pour les opérateurs sur le marché », a-t-il prévenu.
« Le lobby du marché parallèle est bien introduit »
Les opérateurs du secteur craignent qu’une taxation massive ne relance la contrebande. « Aujourd’hui, chaque container de cigarettes de contrebande qui réussit à pénétrer le marché algérien, ce sont deux millions d’euros de profit net pour le contrebandier ! », a révélé Fayçal Khalef. Le lobby des acteurs du marché parallèle, a-t-il assuré, est suffisamment bien introduit pour faire pression sur le gouvernement aux fins de taxer une nouvelle fois la production du tabac.
A l’appui de cette revendication d’une politique fiscale qui ne soit pas « contre-productive », Karim Refaat a cité l’exemple égyptien. Dans ce pays, a-t-il dit, la suppression du prélèvement fiscal par tranches et son remplacement par le système de pourcentage a fait exploser les prix et ouvert la voie au marché noir. En dix-huit mois, entre 2010 et 2011, le commerce illicite de la cigarette est passé de 0,01% à 20% du marché. « Aujourd’hui, le produit le moins cher en Algérie est celui en franchise de taxe, c’est-à-dire le produit issu de la contrebande. C’est une perte sèche pour l’Etat. Une perte en qualité de produit. On ne connaît ni l’origine ni le contenu du produit de contrebande alors que nous, producteurs, appliquons des règles strictes de qualité », a observé Fayçal Khalef. Pour Karim Refaat, les prix moins chers de la cigarette sur le marché parallèle encouragent la consommation de cigarettes de mauvaise qualité. « Nous avons fait des études et avons constaté que certaines cigarettes à l’origine inconnue contiennent jusqu’à 18 substances cancérigènes », a-t-il dit.
6 à 12% de la consommation mondiale passe par le marché parallèle
BAT travaille actuellement avec les Douanes algériennes pour lutter contre le commerce illicite de la cigarette. Un commerce souvent lié, d’après Karim Refaat, à celui de la drogue et des armes. « Nos recherches indiquent qu’annuellement, quelque 330 à 660 milliards de cigarettes illicites circulent, soit de 6 à 12% de la consommation mondiale. Même pour les chiffres les plus bas, le commerce illicite génère de grands trous dans les budgets gouvernementaux. Les pertes sèches en taxes impayées sur le tabac sont de l’ordre de 20 à 40 milliards de dollars au niveau mondial », a-t-il indiqué